On dirait un titre de roman policier sordide, mais c’est bien le résumé d’une technique bientôt appliquée en Picardie. Pour produire plus de biodiesel, l’entreprise française Sofiprotéol a annoncé fabriquer prochainement du gazole à partir de graisses animales. Une manière bien particulière d’utiliser les déchets d’abattoir impropres à la consommation.
Un biodiesel de graisses animales
Avec une telle annonce, on imagine sans problème le début d’une nouvelle de Stephen King, où les machines s’emballent. Rien de tout cela : les procédés sont très proches de ceux mis en oeuvre pour les biocarburants à base d’huiles d’origine végétale, auxquels viennent s’ajouter des traitements spécifiques.
Bien qu’étonnante, la technique n’est pas nouvelle, même si elle n’est pas vraiment connue du grand public. A titre d’exemple, des agriculteurs périgourdins avaient fabriqué en 2011 20.000 litres de biodiésel en recyclant de la graisse de canard et de porc. Ils avançaient l’éthique et l’argument de la protection de l’environnement.
La technique se répand
Et, c’est un fait : de plus en plus de gens s’intéressent à la valorisation des sous-produits de la filière animale en biocarburants, comme alternative à l’éthanol. A plus grande échelle, les États-Unis, la Finlande et l’Allemagne le font depuis plusieurs années (notamment le groupe Saria).
La technique est donc assez simple :
- on récupère les graisses animales et les huiles usagées auprès des restaurateurs ;
- on les transforme en huiles ;
- on transforme ces huiles en biodiésel, incorporé à hauteur de 7 % maximum au gazole (taux légal).
En France, le recyclage des graisses animales pour fabriquer du biodiésel est longtemps resté anecdotique, à l’image des expérimentations périgourdines. Pourtant l’expérience pourrait se généraliser et des usines se créent déjà dans le pays.
Une première usine pour le géant Intermarché
Saria, dont nous parlions pour l’étranger, est notamment équarrisseur en France sous le nom SIFDDA, c’est-à-dire que cette partie de l’entreprise est spécialisée dans la récupération et le traitement des charognes et déchets animaux. Une partie de son activité consiste donc à récupérer les graisses animales.
En novembre 2012, le groupe de grande distribution Les Mousquetaires a annoncé lancer un partenariat avec Saria pour créer du biodiésel à partir de graisses animales non alimentaires et d’huiles de friture usagées.
L’usine est construite au Havre, sur 4000 m2 dans la zone portuaire, et devient la première usine de la filière en France, mise en service en fin d’année 2013. Sous le nom ecoMotion-France, vingt-cinq personnes devraient y travailler pour produire 75.000 tonnes de biodiésel par an.