Pourquoi choisir d’accoucher à la maison ? Comment cela se vit en pratique ? Le témoignage d’Emilie, qui en est à son quatrième accouchement à la maison.
Aujourd’hui, plus de 95 % des femmes accouchent en maternité en France. Cependant dans le monde, accoucher à la maison est plutôt la règle. Aujourd’hui, certaines femmes choisissent d’accoucher à domicile. Comment cela se passe-t-il concrètement ?
Accoucher à la maison, une pratique encore marginale en France
Dans quelques mois, Émilie va accoucher de son quatrième bébé. Comme toutes les femmes enceintes, elles est suivie médicalement, réalise des échographies et voit son ventre s’arrondir au fur et à mesure que sa grossesse avance. Mais, contrairement à la plupart d’entre elles, quand Émilie perdra les eaux, elle ne se dirigera pas vers la maternité. En effet, cette trentenaire a choisi l’accouchement à domicile (AAD), pour la quatrième fois.

L’accouchement à domicile © Sasit Nopphakondanthai
Avant d’avoir son premier enfant, Émilie n’imaginait pas qu’il était possible d’accoucher à la maison. Mais déjà, elle espérait « ne pas avoir le temps d’arriver à l’hôpital ».
En effet, elle considère que « les maternités sont surmédicalisées. Pour moi, on va à l’hôpital quand on est malade et qu’on veut se faire soigner, pas quand on veut avoir un enfant ». Alors, quand son mari, dont l’ex-compagne avait déjà accouché chez elle, lui a parlé de cette possibilité, elle n’a pas hésité longtemps.
Accoucher à la maison : les chiffres
Sur 800.000 naissances annuelles, environ 2.000 à 3.000 femmes accouchent chez elles, de façon voulue ou non (accouchement inopiné).
139 millions de bébés naissent dans le monde par an, dont 90 % naissent au domicile de la maman.
Pour Émilie, aucun regret, au contraire : « Le fait de rester à la maison quand les contractions commencent est rassurant. Tu n’as pas envie de prendre la voiture. Tu vas prendre un bain, ton mari prépare des bougies. Tu es avec tes proches, pas avec des inconnus qui vont te voir à poil. Et puis tu te dis que ton enfant est né chez toi, ça donne quelque chose de magique au lieu« , témoigne-t-elle avec émotion.
Accoucher à la maison, avec une sage-femme … mais sans péridurale
À la maison, l’accouchement se déroule en présence d’une sage-femme, mais sans péridurale. Un détail qui n’a pas fait peur à Émilie : « Je n’étais pas stressée, ça s’est fait très rapidement. C’est douloureux pendant maximum une heure , mais ce n’est pas la fin du monde. Je fais partager mon expérience et je conseille à mes proches de le faire à la maison, c’est une expérience formidable ».
C’est avec enthousiasme que son mari évoque les naissances auxquelles il a assisté. « On est mis à contribution, se réjouit-il. Je peux dire que j’ai participé à l’accouchement, je tenais ma femme pendant les contractions. J’étais l’assistant de la sage-femme, le second médical ».
Éviter l’anonymat des accouchements à hôpital est une motivation importante : « à l’hôpital, tu es un numéro de dossier ». Émilie dépeint les maternités comme des usines à accouchement, presque inhumaines : « pour peu qu’il y ait un problème, tu passes entre les mains de plusieurs personnes. Là, tu es avec la sage femme qui t’a suivi pendant des mois, que tu connais et qui te connait. Elle prend le temps. A l’hôpital, ils te stressent car ils sont dans une logique de rentabilité ».
Françoise, l’une des quelques dizaines de sages-femmes qui pratiquent l’accouchement à la maison en France, confirme : « à l’hôpital, tu peux faire quatre accouchements dans la nuit. Difficile dans ces conditions de faire de la prévention et de connaître la personne ». Marianne, une de ses consoeurs, enfonce le clou : « Quand les femmes accouchent, on les considère comme des contenants. Et puis en milieu hospitalier, le premier regard de l’enfant va au personnel médical, il faut que les parents se réapproprient ce moment là « .
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