Selon vous, quelle est l’empreinte humaine derrière chacun de nos achats ? Combien d’hommes, de femmes et d’enfants sont contraints de travailler dans des conditions indignes, pour que l’on puisse s’acheter le jean, la tablette ou la jolie bague qui nous font de l’oeil dans les vitrines ? Sur le modèle du calcul de l’empreinte écologique individuelle, ‘Slavery FootPrint’ est un indicateur qui évalue le nombre d’esclaves travaillant potentiellement pour chacun d’entre nous.
La question peut paraître abrupte mais elle renvoie à une bien triste réalité. Sans le vouloir bien entendu, même en faisant très attention, nous avons tous une empreinte-esclave. Qu’est-ce que c’est ? Et bien, au même titre que nous pouvons calculer notre impact sur l’environnement avec l’empreinte carbone ou encore notre consommation d’eau avec l’empreinte en eau de WaterFootPrint, la « Slavery FootPrint » est un indicateur qui d’après notre mode de vie, calcule le nombre d’esclaves travaillant potentiellement pour nous -et nos familles.
Slavery Footprint : un site pour prendre conscience de l’esclavage moderne
Le mouvement « Made in a free world » (Fabriqué dans un monde libre), à l’origine de l’opération Slavery FootPrint, estime que dans le monde, ce sont plus de 29 millions (contre 27 en 2012) de personnes qui travaillent sous la contrainte, sans être rémunérées ou très peu, et sous l’autorité d’un « maître » (1).

Tanneries d’Hazaribagh © Pascal Mannaerts
L’esclavage moderne, une réalité sous-estimée
Il semble toutefois que les chiffres du travail forcé (sous une contrainte physique ou morale) soient sous-estimés parce qu’il est moins visible que d’autres conditions comme celles résultant de l’exploitation sexuelle, mais qui pourtant, prend de l’ampleur. Ainsi, une récente analyse estime à 45,8 millions, le nombre de personnes soumises à une forme ou l’autre d’esclavage moderne, dans 167 pays(2).
L’objectif derrière Slavery FootPrint, et le calcul personnalisé de l’empreinte-esclave, n’est pas de culpabiliser ou de mortifier les personnes souhaitant s’informer sur le sujet, mais bien de divulguer les informations et de faire prendre conscience au plus grand nombre de cette infamie si bien caché, et surtout, de réclamer aux marques, toutes les marques, la transparence nécessaire.
« La fin de l’esclavage n’est pas la priorité des marchés » : à nous d’en venir à bout
Slavery FootPrint est une campagne initiée par un groupement d’organisations et d’individuels, dans le but d’oeuvrer à éradiquer le travail forcé des produits que nous consommons au quotidien. Bien que proposée en anglais, la navigation sur le site est aisée, et s’articule autour des deux entrées principales.
Pour calculer l’empreinte humaine de nos modes de vies respectifs : www.slaveryfootprint.org (en anglais)
Premièrement, un état des lieux
« What, slaves work for me ? » » (Comment ça, des esclaves travaillent pour moi ?) : il s’agit là en effet de montrer la réalité de ces hommes, ces femmes et ces enfants travaillant sous la contrainte.
Nous ne sommes pas forcément conscients du fait que l’esclavage, bien qu’aboli en France depuis 1848, existe toujours bel et bien. De plus, les marques faisant appel à cette odieuse pratique n’en sont, elles non plus, pas forcément toutes conscientes, les pratiques d’esclavage étant insidieusement cachées quelque part dans la chaîne.

Atelier surpeuplés © Jules Toulet
Deuxièmement, le questionnaire
Slavery FootPrint nous soumet à une enquête comportant 11 questions sur notre style de vie : après les traditionnelles questions sur l’âge, le sexe, le nombre d’enfants, arrivent celles sur la manière dont nous vivons et surtout, sur les biens que nous possédons, nos habitudes alimentaires, l’éventail de nos produits cosmétiques ou encore, si notre profil correspond au parfait technophile ou bien au contraire.
À chaque nouvelle question, il est possible d’affiner le questionnaire cliquant sur l’onglet à gauche de la fenêtre : on peut y détailler assez précisément les portions alimentaires, l’inventaire des accessoires de mode, les activités sportives ou de loisirs, etc.
Chaque question est ponctuée d’une information supplémentaire comme le fait que les travailleurs de l’industrie de la crevette en Asie sont à pied d’oeuvre tôt chaque matin et restent à leur poste 20 heures d’affilée, ou encore que des dizaines de milliers d’enfants s’engouffrent dans des mines de mica pour que les jolies paillettes de nos fard à paupières…
À la fin du questionnaire, vous obtenez le nombre d’esclaves travaillant pour vous : 10, 30, 50 ?
Le questionnaire est un peu long mais en prenant le temps et faisant l’effort de remplir chaque champ, on prend conscience de l’impact de notre propre mode de consommation, de ce qui se passe à l’autre bout du monde (ou pas forcément) et on sera plus tenté à l’avenir de réaliser ses achats en toute connaissance de cause.

Merci d’avoir pris connaissance de votre empreinte esclavage