Terres rares : high tech et croissance verte font souffrir la Chine

Terres rares : high tech et croissance verte font souffrir la Chine

Les “terres rares”, ça vous dit quelque chose ? Indispensables pour nos équipements numériques, les ampoules basse consommation et les éoliennes, l’extraction de ces minerais cause des dommages environnementaux considérables dans l’Empire du Milieu.

Terres rares : les domaines d’application

En fouillant dans vos souvenirs de cours de physique, vous vous souviendrez du tableau périodique des éléments, représentant les éléments chimiques ordonnés par numéro atomique croissant. Nos terres rares y figurent, on en compte 17, toutes aux noms plus ou moins rébarbatifs. Improprement dénommées “rares”, puisque la plupart sont assez répandus sur la croûte terrestre. Les voici :

  • Scandium
  • Gadolinium
  • Yttrium
  • Terbium
  • Lanthane
  • Dysprosium
  • Cérium
  • Holmium
  • Praséodyme
  • Erbium
  • Néodyme
  • Thulium
  • Prométhium
  • Ytterbium
  • Samarium
  • Lutécium
  • Europium
© CC, http://images-of-elements.com/

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Au niveau des applications, toute la spécificité des terres rares tient dans leur structure électronique particulière qui induit des propriétés chimiques, structurales et physiques uniques. Ces propriétés sont mises à profit dans des applications industrielles aussi variées que sophistiquées. Sans elles, notre quotidien serait bien différent.

On les trouve partout : métallurgie, catalyse, verre, optique, céramique, luminescence, magnétisme, électronique… Par exemple, les éoliennes off-shore dernière génération contiennent jusqu’à 600 kilos de néodyme, minerai qui décuple le pouvoir magnétique.

Les ampoules fluocompactes contiennent du terbium, les pots catalytiques du cérium. L’armée n’est pas en reste avec des applications telles que les systèmes de guidage de missiles, des drones ou encore le matériel de vision nocturne.

© CC, Materialscientist

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L’écran que vous avez sous les yeux, ordinateurs, tablettes numériques et smartphones en contiennent, en quantité infime certes, mais utilisés par milliards à travers le monde et constamment renouvelés…

Des conséquences sanitaires et environnementales graves

Les terres rares sont relativement difficiles à extraire car les modes d’extraction sont très polluants. Et donc chers dans les pays développés où les normes écologiques et sanitaires sont assez strictes. La Chine, quant à elle, se montre nettement moins regardante sur les problématiques environnementales et sanitaires qui découlent de l’exploitation de ces mines à ciel ouvert.

De plus, la main d’oeuvre y étant très bon marché, aujourd’hui la Chine détient très largement le monopole de la production de terres rares avec plus de 95 % de la production mondiale à elle seule.

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La technique d’extraction la plus commune consiste à décaper la terre végétale pour atteindre le minerai plus en profondeur. Après excavation, vient ensuite le broyage en fine poudre, puis la séparation des éléments, souvent à l’aide d’acides puissants. Ces substances chimiques finissent par s’infiltrer dans le sol jusqu’aux ruisseaux et aux rivières.

Le raffinage produit des poussières métalliques dangereuses et chargées de radioactivité associée à ces concentrés de terres rares, ceci provoquant des maladies graves pour les ouvriers et les populations locales. La nécessité d’utiliser de très nombreux produits chimiques dangereux rejetés dans la nature entraîne un taux de cancers anormalement élevé pour les habitants de Baotou, capitale mondiale de la production de terres rares.

© CC, Jurii

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Ces procédés, aussi néfastes soient-ils pour la santé et l’environnement, sont indispensables pour obtenir un très haut niveau de pureté de chaque élément. Après épuisement de la mine, celle-ci est abandonnée. Reste alors une terre désolée et très polluée, des collines dépourvues de substrat végétale où plus rien ne peut y pousser.

Quelles solutions ?

Les conditions de production des terres rares en Chine sont proprement scandaleuses au niveau social et écologique. Depuis quelques années, la Chine a commencé à restreindre ses exportations pour conserver ses ressources et ainsi, assurer sa croissance effrénée. Mécaniquement, le cours de ces minerais atteint des sommets. De ce fait, l’exploitation de sites miniers dans différents pays sous conditions de normes écologiques strictes parait possible d’un point de vue économique.

© CC, http://images-of-elements.com/

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L’ouverture de ces nouvelles mines, outre le fait de répondre à une demande croissante, permettra aux fabricants, conscients du problème, de boycotter les terres rares issues de mines chinoises.

Quant au recyclage, il n’est pas facile à réaliser. Les quantités contenues dans les produits sont souvent très faibles et difficiles à récupérer.

illustration : © CC, Bahmtec