Salon de l’agriculture 2015 : émerveillement, déception… espoir

Salon de l'agriculture 2015 : émerveillement, déception... espoir

Camille Tourneboeuf a été enquêter pour consoGlobe sur les tendances dans l’industrie agricole que révèle le salon de l’agriculture 2015 qui vient de se tenir aux portes de Paris. Journal de campagne de sa visite au salon d’une spécialiste engagée.

Il faut le reconnaître, on se rend au salon de l’agriculture chaque année avec une joie enfantine : on sait qu’on y trouvera, devant nos yeux ébahis, ce que l’agriculture française produit ce qu’il y de meilleur, en plus d’y côtoyer des animaux et des animations étonnants. Mais dès l’accueil, mon oeil expert accroche sur les plans des stands : peu sont réservés à l’agriculture paysanne ou à l’agroécologie… L’émerveillement cédera-t-il la place à la déception ?

Nouvelles tendances du salon de l’agriculture 2015

Heureusement, me voilà attirée par une conférence sur l’agriculture biologique, mes oreilles sont ravies : les chiffres montrent une agriculture biologique toujours plus plébiscitée des consommateurs. En Europe les surfaces agricoles bio sont passées de 11 millions en 1999 à 43 millions d’hectares en 2013. Et même si la consommation de ces produits se situe encore aujourd’hui essentiellement dans les pays du nord, Union européenne et États-Unis en tête (90 % de la consommation en agriculture biologique), elle progresse également dans les pays en développement avec par exemple la création d’AMAP en Afrique du Sud.

Joris Lohman, Président du Slow Food Youth Network International, qui invite les gens à retrouver le plaisir de manger, de prendre le temps de cuisiner en opposition à la culture du fast-food, nous présente les actions du mouvement dans plusieurs pays contre le gaspillage alimentaire, telle la création d’un restaurant qui  fonctionne uniquement avec des denrées destinées à être jetées. J’applaudis chaudement…

Bon, me voilà rassurée : l’agriculture écologique et la lutte contre le gaspillage alimentaire ne sont pas juste un effet de mode, mais bien un changement de regard que portent les consommateurs sur les denrées alimentaires. Leurs choix se tournent de plus en plus vers des produits sains avec une attention à ce que la production dans les pays du sud se fasse dans le respect des producteurs. Oui, j’apprends même que la moitié des produits écologiques sont également issus du commerce équitable. Dans cette progression l’Union européenne représente le quart des surfaces en agriculture biologique.

pachama-coton-bio-equitableLe doute s’installe

La présentation avec ses chiffres réjouissants continue mais progressivement une question me taraude : de quelle agriculture biologique parlons-nous ? D’une agriculture réellement respectueuse de l’environnement ? En effet, le doute s’installe quand, l’Espagne est présentée, sans bémol, comme l’un des pays producteurs « en pointe en matière d’agriculture biologique »… Pas un mot sur les conséquences du modèle d’agriculture biologique qu’a développé majoritairement le sud de l’Espagne, à savoir une agriculture sous serre qui tue tous les écosystèmes présents et où des travailleurs émigrés travaillent dans des conditions déplorables.

L’agriculture bio du XXIème siècle : beaucoup de transports, beaucoup d’intrants…

Mon doute croît au fil des interventions. Richard Hampton, Directeur de l´Organic Milk Suppliers Coopérative Ltd (OMSCo), première coopérative de lait au Royaume-Uni et membre d’un réseau de groupements de producteurs de lait bio dans l’Union européenne, nous apprend [SB1] que la grande majorité des vaches sont nourries aux céréales. Mes études d’agronomie ne m’avaient-elles pas appris qu’il est plus pertinent de mettre l’accent sur la nourriture à l´herbe avec des ruminants dont l’organisme est fait pour brouter. D’autant que les prairies possèdent en plus l’avantage d’être des puits de carbone importants ?

veau-vache-laitLe local pas encore au goût du jour

J’apprends ensuite de George van des Hilst, spécialiste des questions agro-alimentaires aux Pays-Bas, que la plus grande partie du bénéfice réalisé en agriculture biologique aux Pays-Bas se fait par l’export. Très bien, mais ajoutant à cela qu’une partie des produits arrivent bruts aux Pays-Bas pour être packagés et réexportés – comme c’est le cas par exemple pour une partie du blé tendre produit en France, transformé dans le port de Rotterdam, puis réexporté en France – les bénéfices du bio paraissent insuffisants face au coût environnemental global de cette production.

Le local n’est donc pas encore à l’agenda du salon de l’agriculture 2015. Les produits sont encore cultivés en grande partie sous serre et distribués majoritairement en Allemagne, en Belgique, en France, en Russie et dans les pays scandinaves ainsi qu’aux États-Unis, en Corée du Sud, au Japon et en Chine. Tomates bio sous serre, camions et cargos pas très bio…

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