Méthanisation : la France raterait ses objectifs

La filière du biogaz en France réalise une croissance de plus de 10% par an, mais son potentiel reste encore sous-exploité, avec un chiffre d’affaires estimé à 465 millions d’euros en 2014. La profession craint que l’objectif de 1.000 méthaniseurs agricoles d’ici 2020 ne sera pas atteint, le gouvernement selon elle soufflant le chaud et le froid sur le secteur.

Méthanisation : la France raterait ses objectifs

En 2013, le gouvernement français avait fixé un objectif de 1.000 méthaniseurs à la ferme à l’horizon 2020. Trois années plus tard, ce sont quelque 130 sites portés par des agriculteurs qui sont sortis de terre, pour un total aujourd’hui sur le territoire hexagonal de 240 unités de méthanisation. Les objectifs fixés ne pourront être atteints à ce rythme, déplore la profession.

Pour comparaison, le chiffre d’affaires de la filière en Allemagne dépassait déjà les 2 milliards d’euros en 2012. Néanmoins, l’Ademe prévoit un rattrapage progressif avec 15 % de gaz vert en 2030 dans le réseau de distribution.

« Méthanisation : après l’ambition, la déception »

Telle est la réaction des professionnels de la filière biogaz, réunis les 27 et 28 janvier 2016 au parc des expositions de Nantes à l’occasion du Salon Biogaz Europe, face aux tarifs de rachat de l’électricité issue de la méthanisation fixés par le gouvernement.

Les professionnels expriment leur inquiétude. Dans un communiqué commun, l’APCA, Coop de France, la FNSEA, l’Association des Agriculteurs Méthaniseurs de France et Club Biogaz plaident pour redynamiser la filière biogaz. En cause : les restrictions apportées par la législation concernant l’approvisionnement des unités de méthanisation.

Afin d’éviter les dérives sur l’occupation des terres liées aux cultures destinées à la méthanisation, le gouvernement projette en effet de conditionner les tarifs d’achat de l’électricité produite par le biogaz en fonction de l’utilisation d’effluents d’élevage et de cultures intermédiaires à valorisation énergétique.

Les tarifs d’achat fixent ainsi des limites aux cultures intermédiaires qui n’entrent pas en concurrence alimentaire, pour l’approvisionnement des méthaniseurs.

Pour les professionnels, ces restrictions s’ajoutent à de nouvelles contraintes et provoqueraient « un arrêt pour au moins 50 % des projets agricoles en cours d’étude ».

Potentiel : moins de 3 % des biodéchets aujourd’hui sont valorisés

D’autres se montrent plus optimistes. Evergaz, développeur-investisseur de centrales biogaz, ainsi que sa filiale LEDJO Énergie, bureau d’études spécialisé dans le conseil et l’ingénierie des porteurs de projets biogaz, ont fait le point au salon sur les enjeux du développement de la méthanisation en France et ont rappelé leurs ambitions.

« En visant l’exploitation de 20 unités de méthanisation à horizon 2020, Evergaz affirme sa volonté de mettre son expertise au service du développement du biogaz et de la transition énergétique sur notre territoire. Rien qu’en France, plus de 350 millions de tonnes de biodéchets sont produits chaque année, dont moins de 3 % sont valorisés », précise Frédéric Flipo, Directeur Général Délégué d’Evergaz.

Dans ce contexte, Evergaz souhaite atteindre un parc de 20 centrales biogaz à horizon 2020 et augmenter le volume de déchets valorisés, en passant de 70.000 tonnes de déchets traitées par an actuellement avec quatre centrales biogaz, à plus de 500.000 tonnes.

Selon une étude, 65 % des installations de méthanisation françaises n’atteindraient pas le niveau de rentabilité prévu. Après une revalorisation du tarif d’achat de l’électricité issue du biogaz fin 2015, mais le refus d’augmenter la durée des contrats de rachat de 15 à 20 ans, la filière estime de nouveau que le gouvernement hésite trop.