Le vrai impact écologique du Tour de France

Le vélo ne pollue pas ? Détrompez-vous. Dès 2009, Génération Ecologie dénonçait « l’irresponsabilité environnementale des organisateurs du Tour de France ». Ils étaient alors pointés du doigt pour ne pas s’imposer de précautions en matière d’environnement et de pollution. Qu’en est-il en 2016 ?

Le vrai impact écologique du Tour de France

Le Tour, un événement aux retombées incalculables

Chaque changement de programme, comme une étape annulée, ou un col fermé par les caprices de la météo engendre des réactions de la caravane, des spectateurs, des agents de sécurité…  Les émissions engendrées par la réorganisation des déplacements peuvent alors dépasser en un jour celles enregistrées sur toute la durée de la manifestation : Le bilan carbone de chaque spectateur ou participant est donc imprévisible et il est difficile, voire impossible de mesurer avec exactitude l’impact environnemental du Tour.

Cela n’empêche pas de tenter de minimiser le coût écologique, notamment en essayant de contrôler les transports. Quelques – maigres – initiatives ont été prises.

Les initiatives pour réduire l’impact écologique du Tour de France

Le monde entier suit le tour et pour beaucoup de téléspectateurs, c’est l’occasion de pouvoir s’émerveiller sur la beauté et la diversité des terroirs français. Le Tour joue donc un rôle d’ambassadeur du patrimoine naturel et culturel de la France. Les organisateurs du Tour de France l’ont bien compris et tentent de mettre en oeuvre des politiques durables en faveur de l’environnement.

Tour de France Mont saint-Michel

Le Tour de France au Mont Saint-Michel en 2013 © Radu Razvan Shutterstock

Le tour et la biodiversité des terroirs français

Depuis quatre ans, le Tour, France Télévisions et le Muséum d’Histoire naturelle proposent de mettre en avant les espaces naturels traversés par les coureurs cyclistes. Étape par étape, on fait un « Tour de France de la Biodiversité » au fil des sites Natura 2000, des parcs naturels régionaux et nationaux, et des réserves naturelles sur la route du Tour. Objectif : faire découvrir les richesses du patrimoine naturel français afin de mieux le préserver. Une initiative qui se greffe sur le Tour plutôt que d’en faire vraiment partie.

En 2016 en France, les cyclistes et leur public vont pénétrer dans 97 des 170 zones Natura 2000.

Parallèlement, dans les phases préparatoires du Tour, ASO entre en contact avec les collectivités locales et les associations en charge de l’environnement, afin d’identifier les zones sensibles sur le parcours et prévoir ensemble des opérations de préservation des écosystèmes ou espèces fragiles pouvant être affecté par le passage : signalisation informative et préventive, déploiement de bénévoles, création de zones tampons… Ces actions ponctuelles portent essentiellement sur le survol d’espaces ornithologiques par les hélicoptères, les risques de piétinement d’habitats fragiles par le public et les nuisances (bruit et distribution sauvage) dues à la caravane.

Le tour et les transports

Les équipes, les commissaires du jury, les membres de l’organisation, les services logistiques, médicaux, de sécurité et de presse, utilisent au total sur la durée du Tour : huit hélicoptères, sept ambulances,  80 motos et plus de 500 voitures, camions et véhicules techniques. Trois avions sont également réservés pour le transfert à Paris du 24 juillet.

Tout de France logo impact écologique

Le logo du Tour de France© MA PHOTOGRAPY Shutterstock

Un poids énorme dont la prise de conscience s’est amorcée tardivement au sein des organisateurs du Tour. Comme l’explique Gérard Poujade en juillet 2012, de l’Arpe(1), « le nombre de véhicules diminue progressivement et les 2.200 cette année en circulation (autos, motos, camions) plafonnent leur vitesse à 80 km/h. Leurs conducteurs ont par ailleurs suivi une formation à l’éco-conduite ».

Reste que le nombre de véhicules est très élevé et que les déplacements sont tels qu’il est techniquement difficile de se tourner vers des alternatives plus écologiques, pour des raisons d’autonomie et de recharge. Toutefois, ASO rappelle que la flotte est composée de véhicules récents plus performants et économes en carburant, et que tous les chauffeurs sont sensibilisés aux problèmes environnementaux et à la conduite économique. Il en va de même pour les poids-lourds du Tour, affrétés par XPO Logistic (Norbert Dentressangle).

Des initiatives mises au tri

L’association Les Connexions, dans le cadre des l’opérations « Tri-Tour » depuis 2011, et « Chaque canette compte » depuis 2013, se charge de développer une politique d’accompagnement des déchets sur le Tour. Ce réseau de bénévoles oeuvre à « faire de la collecte sélective des déchets un outil efficace pour la propreté des sites, et une arme de sensibilisation massive » sur les grands événements sportifs et culturels, en suivant les principes de l’économie sociale et solidaire.

Des ambassadeurs bénévoles mènent des actions de sensibilisation pour inciter les spectateurs du Tour à trier et jeter leurs déchets : deux coordinateurs aux départs et arrivées pour installer des centaines de « boxes multi-flux » (containers de tri de canettes, bouteilles plastiques et emballages cartons et plastiques) aux points stratégiques, pousse-pousse poubelle aux arrivées et, nouveauté cette année, un « véhicule environnement » en ouverture de la caravane. Avant le début du spectacle, une animatrice annonce par haut-parleurs les consignes de sécurité, sensibilise à la biodiversité de la région et rappelle la nécessité de ne pas laisser de déchets sur le bord des routes.

Tour de France tri déchets

Le tri des déchets sur le Tour de France

D’autre part, une charte de bonne conduite à l’attention des cyclistes, du public et des organisateurs, éditée par le Muséum d’Histoire naturelle, résume en dix points les actions citoyennes en faveur de la nature à appliquer sur le Tour. Côté participants, un livre de route du tour rappelle les règles et bonnes pratiques à mettre en oeuvre au quotidien durant la course.

À savoir :

L’une des règles du livre de route pour les cyclistes rappelle que les coureurs ne sont autorisés à jeter leurs bouteilles et emballages vides que dans les zones de collecte désignées.

Hors du Tour

Le monde du vélo, hors du Tour, a pris quelques petites initiatives qui dénotent une prise de conscience. Lors du Tour Méditerranéen 2010, des coureurs ont ainsi porté un dossard vert pour montrer leur souci de l’environnement.

En 2009, l’équipe La Française des Jeux avait pris quelques initiatives intéressantes. La FdJ signalait que « les ‘maillots’ des cyclistes sont fabriqués à partir de bouteilles recyclées et dotés de poches-poubelles pour les emballages ». Les bidons eux aussi étaient « 100 % biodégradables et 100 % recyclables » selon le site de L‘Équipe.

Hors du tour, l’ASO participe aussi promouvoir le vélo avec la Fête du vélo en juin depuis 2013 et plus récemment, dans le cadre d’une nouvelle politique de compensation de son empreinte carbone, au projet « le Vélo dans la Ville » en collaboration avec les villes étapes : installations de pistes cyclables, de haies champêtres…

Alors, au final, quel impact pour le Tour ?

Évidemment, il faut pour le Tour de France comme pour les autres méga événements sportifs tenir compte de l’impact positif sur l’économie locale, sans parler du moral et du simple plaisir que véhicule le sport.

Mais globalement, on manque de données scientifiques et d’informations précises même si ce genre de compétition font de plus en plus l’objet de recherche. Notre sentiment, c’est que les très grands événements sportifs ont un prix : des conséquences écologiques bien peu souhaitables mais bien réelles.

Et c’est donc sur le terrain moral, ou du moins de l’exemplarité, que pêche un Tour de France qui ne rime globalement pas avec éco-responsabilité. On aimerait que l’esprit du sport et d’une pratique saine du vélo soit mise au diapason du respect de la nature et des paysages français traversés par la compétition.

Le milieu du football se met cahin-caha au développement durable et, l’ASO, l’organisation propriétaire du Tour cycliste, montre elle aussi un intérêt pour la question. Tant mieux pour le vélo qui reste avant tout synonyme de détente, d’activité saine, de transport non polluant.