La mycorhize pour une deuxième révolution verte ?

Des relations complexes s’établissent entre les racines des plantes et des champignons, c’est la mycorhize.  Son étude pourrait permettre de développer des technologies qui révolutionneraient les pratiques agricoles, et certains n’hésitent pas à parler d’une deuxième révolution verte !

Rédigé par Paul Boucher, le 19 Mar 2017, à 10 h 30 min
La mycorhize pour une deuxième révolution verte ?

Depuis une cinquantaine d’années, les chercheurs comprennent mieux les relations complexes qui s’établissent entre les racines des plantes et certains champignons.  À l’Université de Bourgogne, l’équipe CNRS-INRA Plante-Microbe-Environnement a mis au point une technique qui permet de favoriser ces relations, ce qui pourrait révolutionner les pratiques agricoles.

La mycorhize ou la symbiose entre les plantes et les champignons

Les mycorhizes, ce sont des associations entre des champignons microscopiques (myco- : champignon) et les racines des plantes (rhiza- : racine) qui sont symbiotiques, c’est-à-dire bénéfiques aux deux : la plante alimente le champignon en composés carbonés (glucides, acides aminés et vitamines) et le champignon alimente la plante en eau et en minéraux. Les champignons sauvages que vous voyez dans la forêt sont un exemple de mycorhize avec les racines des arbres.

Des champignons amis des plantes dans les climats hostiles

On pense maintenant qu’il y a des centaines de millions d’années, au moment où les premières plantes commençaient à apparaître sur la terre, les Gloméromycètes, un groupe de champignons très peu connus du grand public, mais écologiquement indispensables, se sont associés aux plantes primitives pour les aider à coloniser les terres émergées, par leur capacité à extraire l’eau et les minéraux du sol.

On sait aussi que dans des régions froides ou désertiques, ces champignons aident les plantes à résister au gel, à la sécheresse, au vent, au ruissellement, ou aux trop fortes intensités lumineuses.

Comment ça marche ?

En pratique, le développement de champignons multiplie par dix le volume du sol occupé par les racines des plantes : sous 1 m2 de sol de prairie, la surface racinaire représente environ 1 m2, alors que celle du champignon peut atteindre 90 m2 ! Cela permet à la plante de se nourrir plus facilement et de mieux résister à la sècheresse. Le champignon participe aussi à la dégradation de la matière organique dans la terre, libérant ainsi des éléments minéraux et contribuant à la fertilisation du sol.

Lire aussi : savoir utiliser les mycorhizes pour le jardin

Les champignons mycorhiziens protègent les racines contre des éléments pathogènes, rendent la plante plus forte et plus résistante. Certains déclenchent même des mécanismes d’auto-défense chez la plante. La mycorhize permet ainsi aux plantes de survivre dans des lieux hostiles. Par exemple, c’est grâce à  la mycorhize que les arbres de la forêt boréale poussent dans des sols très froids et très acides.

L’agriculture intensive empêche la mycorhize de s’établir

Les mycorhizes participent à la fertilité biologique des sols, et il « est rare de trouver dans la nature une plante sans mycorhize, plantes cultivées y compris », déclare Silvio Gianinazzi, directeur de recherche émérite du CNRS, et spécialiste de ce sujet. Cette association entre une plante et un champignon concerne en effet près de 95 % des végétaux.

mycorhize, labour

Illustration bannière : Le labour trop profond empêche la mycorhize – © Valentin Valkov Shutterstock

 

Cependant lorsque les sols sont très dégradés, le retour en arrière est difficile, et nos pratiques agricoles ont malheureusement tendance à leur être défavorables.(1)

Comment ?

  • La sélection génétique a produit des plantes comme le blé ou les tomates moins dépendantes de la mycorhize.
  • Le travail du sol modifie la distribution des champignons mycorhiziens dans le sol, et le labour enfouit les spores trop profondément pour être atteints par les racines.
  • La fertilisation par les effluents d’élevage ou les engrais phosphatés empêche la relation de s’établir. À trop nourrir les plantes on les coupe d’une relation naturelle aux spores dans le sol.
  • Les produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, régulateurs de croissance, agents de désinfection des sols) entrainent l’élimination des champignons mycorhiziens.(2)

Conclusion : l’agriculture intensive produit des plantes obèses dans un environnement stérile !

Lire page suivante : concrètement comment utiliser la mycorhize pour révolutionner l’agriculture

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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

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