Comment l’Île-de-France se prépare à la crue du siècle : EU Sequena 2016

En Île-de-France, le risque majeur de catastrophe naturelle reste celui d’une crue, comme celle de 1910 dont la mémoire collective de la capitale se souvient très bien. Or, une inondation similaire est de nouveau attendue dans les prochaines années. Comme pour d’autres catastrophes naturelles prévisibles, il est nécessaire d’y préparer acteurs de la sécurité civile et population locale : en mars, la préfecture de police de Paris organise EU Sequena 2016, une simulation de grande envergure visant à prévenir les failles dans la gestion d’une crue centennale.

Comment l'Île-de-France se prépare à la crue du siècle : EU Sequena 2016

En janvier 1910, la Seine débordait de son lit et montait de 7,39 m en 6 jours. Le Zouave du Pont de l’Alma se retrouva même immergé jusqu’au cou. Le 28 janvier, la montée des eaux atteignait son point culminant avec une hauteur de 8,62 m : les grands boulevards étaient devenus des fleuves sur lesquels on ne se déplaçait plus qu’en barques. La Seine ne regagna son lit qu’à la mi-mars.

Plus de cent ans après cette crue centennale (une crue ayant une chance de se produire tous les cent ans), la probabilité d’une nouvelle montée des eaux de ce type ne fait qu’augmenter et l’inondation de Paris et d’autres villes d’Île-de-France semble inévitable.

Aussi, afin de se préparer à une crue d’une ampleur équivalente à celle de 1910, un exercice de gestion de crise de grande ampleur, appelé EU Sequena 2016, se déroulera du 7 au 18 mars prochain dans la région Île-de-France.

Exercice grandeur nature pour se roder aux sauvetages en cas de crue du siècle

Cet exercice a comme objectif principal de s’assurer que l’ensemble des acteurs du territoire sont prêts à réagir pour faire face à une crise majeure et éviter toute perte humaine. Pour cet exercice, 900 sauveteurs et 150 policiers sont mobilisés, ainsi que 87 instituts et entreprises répartis sur sept sites (Paris, Valenton, Saint-Denis, Limay, Beynes, Gennevilliers, Port). Plusieurs manoeuvres seront effectuées dont un hélitreuillage, l’évacuation d’une maison de retraite et le sauvetage de personnes bloquées dans un véhicule submergé.

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L’ensemble de cette simulation se déroulera dans les conditions qu’engendreraient une telle crue, c’est-à-dire sans électricité, sans eau potable, sans téléphone portable ni télévision pour connaître les consignes de sécurité dans les zones touchées.

Préparer également l’avant et l’après crue du siècle

Contrairement à la Grande Crue de 1910, il est maintenant possible de prévoir une telle inondation et aussi d’anticiper la décrue, c’est-à-dire le retour progressif du cours d’eau dans son lit.

L’exercice a donc aussi pour objectif de préparer l’avant et l’après crue. Simuler l’avant crue pour réfléchir à comment sensibiliser la population au phénomène ainsi que pour s’assurer que la chaîne de commande soit bien opérationnelle, apte à agir de manière rapide et efficace, une fois la montée des eaux constatée.

Simuler l’après crue pour se préparer à la reprise de la vie économique, à la réhabilitation des réseaux d’électricité, de transports, de communication et au retour des habitants dans leurs foyers.

Des estimations avancent que cinq millions de personnes pourraient être sinistrées et les dégâts matériels causés s’élever à près de 30 milliards d’euros.

Une exercice en trois grandes étapes

L’exercice de simulation se déroulera donc en trois grandes étapes : la montée des eaux de la Seine, la descente progressive du fleuve dans son lit et le retour à la vie normale.

  • La première étape du 7 au 13 mars : montée des eaux de la Seine (5,50 m relevés à Paris-Austerlitz le lundi 7 mars, puis 7,13 m le jeudi 10 mars).

  • La seconde étape pendant le week-end du 12 et 13 mars : pic de crue. C’est à ce moment que se dérouleront les exercices de sauvetage et d’évacuation, ainsi que les actions de communication à destination du grand public francilien.

  • La troisième étape du 15 au 18 mars 2016 : décrue de la Seine et retour à la normale. Le lundi 14 mars correspondra à un saut temporel, le matin correspondant à pic de crue J+5 et l’après-midi pic de crue J+30. On passe alors à l’organisation « post-catastrophe ».

Au-delà de l’exercice de simulation, travaux d’aménagement et scénarios de préparation

Suite à la crue de 1910, des travaux d’aménagement furent réalisés, dont la construction de lacs réservoirs, permettant de retenir l’eau des affluents de la Seine en cas d’intempéries. Aujourd’hui au nombre de quatre, ils permettraient d’abaisser le niveau d’eau de la Seine à Paris de 60 cm, dans l’éventualité d’une crue similaire à 1910.

En plus de ces aménagements, des scénarios sont régulièrement élaborés afin de prévoir au plus près l’impact d’une crue telle que celle de 1910 en tenant compte des transformations urbaines advenues depuis.

Pour en savoir plus : la préfecture de police de Paris