Comment faire pour que les éco-gestes durent : l’expérience d’Ikea France

Nous en avons tous fait l’expérience : les bonnes résolutions ne tiennent qu’un temps. Alors, un an après avoir adopté de nouvelles pratiques pour moins polluer ou consommer d’énergie, combien d’entre nous les ont conservé et pourquoi ? C’est ce qu’a étudié le vendeur de meubles Ikea dans une expérience originale.

Comment faire pour que les éco-gestes durent : l'expérience d'Ikea France

« Comment rendre le durable durable ? » C’est en somme, la question que s’est posée la grande firme d’ameublement. Selon certains, il faudrait qu’un nouveau comportement soit répété un minimum de 21 jours, pour devenir une habitude. Bonne nouvelle : un an après avoir rejoint le programme « Durable & Vous » initié par l’enseigne suédoise qui visait à faire adopter des gestes simples chez soi pour réduire sa facture énergétique et environnementale, 88 % des participants continuent à pratiquer entre la moitié et les trois quarts des gestes auxquels ils s’étaient engagés.

Pour voir le verre à moitié plein : très peu ont abandonné l’essentiel des engagements pris. Concrètement, les participants ont adopté et conservé 6 gestes « vertueux » au cours de l’année, générant des économies de 150 euros par foyer et par an. Quels enseignements tirer de cette expérience ?

Accompagnement, facteur social et simplicité pour des éco-gestes vraiment durables

Selon Myriam Galopin Degrave, responsable des modes de vie durable pour Ikea France, le premier facteur de succès est l’accompagnement. Lors de l’expérience « Durable & Vous », les quelques 230 participants ont bénéficié de dix coachs de l’ONG Prioriterre et du soutien des Espaces Info Énergie. Un coach se rendait dans le domicile des participants pour identifier leurs besoins concrets, puis les participants ont pris part à des ateliers de lancement. Enfin, un blog leur permettait d’échanger avancées et astuces entre eux. À l’issue des six mois, le coach revient pour évaluer les progrès et voir ce qui fonctionne moins bien.

« Deuxième facteur constaté : il faut qu’il y ait un vecteur de lien social », explique encore Myriam Galopin Degrave. « Si on laisse les gens seuls face à de nouvelles habitudes, ça ne va pas marcher. Ici, on a rassemblé les personnes au début, puis on a organisé des apéros entre eux. Grâce à ce lien social, certains se mettaient des défis, se passaient des conseils. »

L’importance de l’émulation des pairs est confirmée par l’un des participants, qui dit avoir apprécié « faire des petites rencontres/apéro sur le thème éco/énergie », soulignant le caractère essentiel du partage social. Un autre a trouvé important de se dire « vous n’êtes pas seuls ! »

Troisième paramètre décisif : la simplicité et le caractère positif et ludique. Myriam Galopin Degrave souligne que « les modes de vie durables doivent être faciles, ludiques, accessibles à tous » et qu’ « il ne faut pas un ton moralisateur, mais tourner vers tout ce qui est positif ». Donc toute communication doit « faciliter ce geste, tout en expliquant, par exemple pourquoi l’ampoule LED consomme moins ».

ikea france éco-gestes durable & vous

Ce que, là aussi, les participants confirment. Parmi les conseils aux proches, donnés par les participants à l’étude pour adopter un mode de vie plus durable, l’un suggère de « commencer par des petits gestes simples et les multiplier lorsqu’ils se transforment en habitude », un autre « de voir tous ces gestes du quotidien comme un jeu afin d’en faire des automatismes ».

En adoptant des gestes simples, vous transformez les mentalités, et votre entourage

Le constat de l’expérience rejoint la philosophie de consoGlobe : une fois que vous adoptez consciemment des éco-gestes, vous devenez prêt-e-s à envisager d’autres comportements vertueux et à les partager avec d’autres.

Le lien social est le meilleur vecteur.
Myriam Galopin Degrave, responsable des modes de vie durables pour Ikea France

92 % des participants sont en effet allés au-delà du programme en mettant en oeuvre d’autres actions liées à un mode de vie plus durable, notamment en parlant à leur entourage et en montrant la simplicité des changements adoptés (composteur, recyclage, etc.), ou par des investissements pour isoler ou réaménager leur logement afin de faire des économies d’énergie ou d’eau. « Je parle souvent des économies que j’ai effectué, liées à la diminution de ma consommation d’eau et de gaz, je partage l’expérience avec les amis et je lance les défis », témoigne par exemple un participant.

Myriam Galopin Degrave confirme : « les foyers sont beaucoup plus sensibles à un conseil venant de leurs pairs que si Ikea en fait la promotion : le lien social est le meilleur vecteur ».

En retour, ce prosélytisme a le mérite de faire réaliser aux participants, le caractère aisé des transformations effectuées et des bénéfices constatés. L’un déclare ainsi : « J’ai beaucoup axé mon discours sur les économies réalisées tout en gardant un mode de vie extrêmement confortable ». Une autre : « je crois que nous avons montré que vivre un mode de vie plus durable pouvait être glamour et malin ! Finie l’image des ‘roots’ [NDLR : ceux qui voudraient revenir aux ‘racines’, et adopteraient un style de vie jugé primitif] qui ne mettent pas de déodorant, maintenant nous pouvons faire des économies sans que ce soit une tare pour toute la famille ».

Le programme « Durable & Vous » : 230 familles sur six mois

L’enseigne suédoise bleu et jaune a sélectionné 230 personnes pour participer pendant six mois, à une expérience visant à réduire leurs factures et à mettre en place des « éco-gestes ». Les dix principaux mis en oeuvre, par ordre de popularité, furent ceux ayant trait :

  1. Aux économies d’énergie par les choix d’éclairage
  2. Aux économies d’eau
  3. Au tri des déchets
  4. À la consommation électrique (prises programmables, éteinte des veilles, piles rechargeables)
  5. Au chauffage
  6. À la cuisine et à la préparation des aliments
  7. Au gaspillage alimentaire
  8. À la seconde vie des objets usagés
  9. Au lavage des vêtements
  10. À la mobilité

Parmi les travaux effectués au sein de leur logement pour adopter un mode de vie plus durable, on trouve différents types d’efforts : changement de la porte d’entrée, remplacement des fenêtres, investissement dans du double vitrage, achat d’ampoules LED, pose de rideaux aux fenêtres, de mitigeurs sur les robinets, etc.

Mais aussi, au-delà de la maison : inscription à un collectif de revente de produits alimentaires locaux, partage d’objets dans le voisinage, participation à la Ruche qui dit oui, ou encore pédagogie dans l’école des enfants.

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