Lutte contre les pesticides : une 2ème chance pour Écophyto

Lutte contre les pesticides : une 2ème chance pour Écophyto

Comme prévu le ministre de l’Agriculture vient de présenter le 30 janvier le nouveau plan Écophyto, destiné à lutter contre l’usage des pesticides en France. Normal après l’échec du dispositif lancé en 2008 par le Grenelle de l’Environnement. Écophyto 2.0 : rien de vraiment nouveau : on mise toujours plus sur la diffusion des bonnes pratiques testées par des fermes pilotes en agroécologie. On investit davantage dans la recherche et l’enseignement et on introduit une petite dose d’incitation financière sous la forme d’une taxe sur la vente de produits phytosanitaires.

Écophyto : calendrier simplement repoussé de 2018 à 2025

Alors qu’Écophyto visait à réduire de moitié le recours aux pesticides dans l’agriculture française d’ici 2018, le recours aux produits phytosanitaires n’a nullement diminué en France et même augmenté, un comble, de 5 % en moyenne entre 2009 et 2013.

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Comme prévu, le gouvernement se voit donc obligé de repousser son objectif de réduction de moitié du recours aux pesticides à l’horizon 2025. Stéphane Le Foll ne souhaite pas « interdire » ; il veut accompagner les agriculteurs dans un changement de logique à la fois tournée vers la performance environnementale mais en gardant une performance économique et sociale. L’erreur du plan Écophyto I, selon le ministre, c’est d’avoir visé une une diminution du recours aux produits phytosanitaires, sans construire d’alternatives économiques crédibles. Il faut donc maintenant montrer aux agriculteurs qu’ils peuvent y trouver un intérêt économique, l’objectif étant qu’une majorité d’agriculteurs d’ici 2025 ait enclenché une démarche d’agroécologie.

Élargir le nombre de fermes pilotes à 3 000

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Prouver que c’est possible, apporter la démonstration que des exigences environnementales sont compatibles avec un rendement supérieur, c’est le défi des fermes DEPHY (Démonstration, Expérimentation et Production de références sur les systèmes économes en pHYtosanitaires). Ces fermes, modèles d’agroécologie, expérimentent de nouvelles pratiques (biocontrôle, matériel d’épandage plus performant, rotations de variétés…) et mettent ainsi en valeur les pratiques innovantes, économes et performantes.

Et ça marche ; elles affichent de très bons rendements en ayant réussi à réduire leur recours aux produits phytosanitaires de 12 %. Aujourd’hui au nombre de 2 000, il est prévu de convertir de nouvelles fermes pour arriver à 3 000 exploitations pilotes  ; chaque ferme aura la tâche de « coacher » 10 agriculteurs afin de convertir 30 000 agriculteurs à l’agroécologie.

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Des moyens financiers supplémentaires

Écophyto disposera d’un enveloppe budgétaire plus conséquente : une redevance de 30 millions d’euros s’ajoutera aux 40 millions déjà disponibles. Cette mutation vers un nouveau modèle économique s’accompagnera d’un renforcement des liens avec l’enseignement agricole et la recherche, qui seront plus associés à cette mutation pour en devenir des acteurs de premier plan.

Une taxe sur la distribution de produits phytosanitaires

On avait beaucoup reproché à Écophyto de rester dans une démarche uniquement volontariste, insuffisant pour opérer un tel changement de mentalité. Alors voilà un début de réponse : Stéphane Le Foll va mettre en place un dispositif expérimental de certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP), avec une obligation pour les distributeurs de ces produits de baisser de 20 % le nombre de doses utilisées sur cinq ans.

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Au lieu de vendre un produit, ceux-ci seront incités à vendre plus de services, c’est-à-dire apprendre aux agriculteurs à utiliser la juste quantité ou des techniques alternatives. Si un distributeur n’atteint pas son objectif de diminution de 20 % en cinq ans, une pénalité de 11 euros par Nodu (Nombre de Doses Unités) non économisé lui sera appliquée, ce qui représenterait l’équivalent de sa marge nette selon Stéphane Le Foll.

Espérons que ce nouveau « petit coup de bâton » verra bien le jour et saura achever de convaincre les agriculteurs conventionnels qu’une autre forme d’agriculture est possible, respectueuse de nos sols, notre air et notre eau, pour le bien de tous, le leur compris. Écophyto 2.0 va dans le bon sens, c’est certain, mais on peut s’interroger sur l’ampleur du dispositif face à la lutte contre les pesticides dont nous restons les premiers consommateurs en Europe.

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