Blogosphère : portrait d’une blogueuse passionnée (I)

  • La blogosphère est bouillonnante et les Français sont parmi les plus blogueurs du monde, 2ème après les Américains paraît-il. Immanquablement l’écologie devait donc s’épanouir dans le monde des blogs.De fait, la blogosphère recèle de très très nombreux blogs écolos, des éco-blogs, de qualité variable, plus ou moins originaux, parfois passionnants remarquablement faits et entretenus.

    Mais qui est derrière ces blogs ? Comment devient-on blogueur et comment gère-t-on un blog ?

    >> consoGlobe a rencontré l’animatrice d’un blog sympathique, bien fait qui est un digne représentant des éco-blogs de qualité. Anne-Sophie répond à nos questions

    Bonjour Anne-Sophie. Peux-tu nous dire qui tu es en quelques mots ? Que fais-tu dans la vie ?

  • Plein de choses ! :-) En réalité, « côté face », je suis en dernière année de thèse d’économie. Une matière passionnante qui fournit des outils indispensables pour comprendre le monde ! Et ce surtout dans un cadre globalisé où les logiques politiques, les enjeux diplomatiques et les intérêts économiques sont très liés ! Je suis de très près les problèmes de développement, d’inégalités, de sécurité, mais aussi de liberté de presse dans le cadre de mon travail !« Côté pile », il découle logiquement de ce qui précède une envie d’agir, de partager, d’échanger sur des thématiques qui me sont chères ! Les blogs m’ont ouvert un univers que je ne soupçonnais pas ! Un espace où j’ose exprimer des opinions plus personnelles aussi.

    Pourquoi es-tu sensible aux thématiques écologiques ?

  • La vérité est que j’ai toujours été sensible à notre environnement. Et je suis une grande sensible ! :-) Quand, petite, vous habitez à la campagne et que vous voyez au fil du temps les quelques vaches du paysan d’en face disparaître sous l’étalement urbain, les zones commerciales et les lotissements, vous regrettez les vaches et la tranquillité et l’espace de jeu que vous aviez avant.Quand, plus grande, vous vous souvenez de vos après-midi à bouquiner perchée dans les arbres, des balades à ramasser les produits de la nature, du plaisir du calme, des choses simples… , et que vous mesurez la manière dont nous pouvons en être si irrespectueux de ce qui nous fait – lorsque vous le mesurez vraiment, dans votre chair – vous ne pouvez pas vous comporter autrement !

    Ado, je voulais être météorologue, mais une prépa math ne me disait rien, alors j’ai fait des sciences-sociales et l’économie est un outil très utile en ce sens. Je veux utiliser ce savoir au service de mes convictions ! Mon plus grand souhait serait parfois de transmettre ce qui m’anime profondément, cette révolte et ce cri de douleur que j’ai pu ressentir à la vue de certaines horreurs, à ceux qui ne sont pas si sensibles… Les prendre par la main, leur expliquer, leur faire comprendre pour qu’ils intègrent véritablement la logique de ce qui anime les « écologistes », ou « environnementalistes », comme vous le voulez…

    Quel est l’objectif de ton blog “A l’évidence” ?
    Que peut-on y trouver ?

  • Lorsque j’ai créé ce blog , je voulais à l’époque partager des réflexions, mettre en avant des informations qui sont submergées par le flot de données que l’on nous assène au quotidien. Je pensais créer un site Internet. Puis deux amis m’on conseillé de créer un blog, pour voir si je tenais le rythme ! Et je suis tombée comme ça dans la Blogosphère.Les thématiques que j’y aborde sont majoritairement liées à l’environnement, à l’écologie politique mais aussi de temps en temps à la liberté de presse et au développement des sociétés au sens large. J’ai un grand respect pour les journalistes et ne me suis jamais sentie comme une missionnaire de l’anti-langue de bois que certains blogueurs affectionnent ouvertement. J’aime d’ailleurs citer les articles, le nom des journalistes qui font leur boulot et le font bien. Je compatis surtout avec ceux qui ne sont pas libres d’exprimer ce qu’ils souhaitent quand les rédactions ne retiennent pas leurs sujets !

    Enfin, « A l’évidence » cherche surtout à pointer du doigt ce qui devrait l’être mais qui ne l’est pas … Je ne me suis jamais fixée d’objectifs en tant que tel, mais lorsque les lecteurs me disent que cela est intéressant, qu’ils ne le savaient pas, où qu’ils me remettent à ma place lorsque j’ai été volontairement trop « provoque, » cela me fait vraiment plaisir : au final la réflexion est lancée ! J’ai aussi rencontré plein de personnes intéressantes et me suis fait plein d’amis grâce « A l’évidence »… et quelques inimitiés aussi… On ne peut pas plaire à tout le monde ! Surtout quand on est « écolo » au sens un peu péjoratif que certains donnent à ce terme ! :-)

    Te considères-tu comme une militante ou simplement comme une jeune femme motivée ?

  • Je suis très motivée lorsque mes convictions m’animent ! Certains me voient comme une militante et ils n’ont pas tort ! Lorsque je fais des articles sur la journée que j’ai passée à la Fondation Nicolas Hulot en tant que signataire tirée au sort, ou comme porte-parole de ces signataires au Zénith, je me sens très engagée…cela était le fruit d’un pur hasard et je ne pouvais pas ne pas partager ces moments, je devais en parler ! Lorsque je parle de l’Alliance pour la Planète, des manifs de la « France qui se lève tôt » ou des manifs anti-OGM, je suis militante ! En mettant les impressions de l’intérieur avec reportage photo à l’appui, je me revendique implicitement ainsi ! Enfin, je suis très partisane des modes de manifestations non-violents faisant de l’humour un parti ! Les brigades de clowns ou les actions chocs et drôles pour faire passer le message, taper sur une casserole pour réveiller Neuilly, marcher dans la rue avec un épis de maïs OGM ou un chariot pour dénoncer le sur-emballage, ça me plait ! Tu penses que l’humour peut faire avancer les choses ?
  • Oui, j’ai simplement peur parfois que même l’humour soit censuré ! Aux Etats-Unis, pour travailler un peu sur le sujet, le gouvernement essaye de faire passer des lois pour qualifier les « activistes écologistes » de « terroristes »… Le front de libération des animaux, comme nous l’avons encore vu récemment, utilise des méthodes plus violentes que d’autres ONG comme Greenpeace, et des méthodes « terroristes » comme on en voyait il y a encore quelques années. Mais de là à les mettre dans le même panier que les membres d’Al Qaeda, il y a tout un monde ! Je crains profondément, cela dit, que les formes d’éco-terrorisme se développent à l’avenir si les gouvernements ne prennent pas la mesure de l’urgence de ce qui nous guette… D’ailleurs, lorsque l’on parle de terrorisme, il y a une connotation négative signifiant que le système ciblé est plus légitime que la cause défendue par les terroristes. Mais les terroristes qui ont réussi sont généralement requalifiés par l’histoire de « combattants de la liberté », de « résistants » ! Ils peuvent même obtenir des prix Nobel de la paix ! Mon plus grand souhait, si l’on doit qualifier les activistes militants écologistes de terroristes, est qu’un jour ils obtiennent LE prix Nobel et que l’on reconnaisse leur combat ! :-) Un éco-blog, c’est politique ?
  • Question engagement politique, comme je l’ai déjà dit, je n’adhère à aucun parti : je préfère conserver mon sens critique et mon indépendance. Je ne soutiens que ceux qui, à mon sens, prennent en compte de manière logique d’écologie politique, i.e. ont intégré une manière globale et complète de comprendre la défense de l’environnement, le développement soutenable des sociétés. J’estime qu’en la matière seuls les Verts et Cap 21 sont compétents. Mais les Verts (très forts sur le terrain, au niveau local), doivent arriver à surfer sur la vague actuelle et sortir d’un mode de fonctionnement qui les sclérose au niveau national.Cap 21 devrait sortir du Modem afin de ne pas être exploité par un parti en devenir dont la pseudo page blanche ne peut remplacer des prises de position passées peu enclines au développement durable. L’idéal aurait été qu’ils s’entendent, ensemble, sur les points qu’ils défendent de la même manière… La logique de parti les en a empêché néanmoins, et c’est le problème du militantisme politique : les moyens d’arriver à une fin font parfois perdre de vue la fin elle même…
    En ce qui est des grands partis, ils devraient demander conseil à ceux qui connaissent vraiment l’écologie politique, mais qu’ils soient de gauche ou de droite, ces gros partis demeurent une manne pour les carriéristes et sont souvent de mèche avec les lobbies… La solution n’est donc pas simple ! Mais l’écologie n’avancera pourtant qu’avec une action politique forte et déterminée ! Nous n’avons pas le temps d’attendre l’évolution culturelle en ce sens, et les ONG ne peuvent résoudre à elles seules les problèmes auxquels nous faisons face…

    Quelle est ta vision de l’écologie sur Internet aujourd’hui ?

  • J’ai mes petits blogs et sites écolos fétiches, je l’avoue ! Lorsque j’ai créé la barre d’outils « Ecolo-Info », j’en ai découvert d’autres, de fil en aiguille ! Je m’aperçois que beaucoup prennent conscience peu à peu, à tout âge, de l’urgence écologique et veulent partager aussi cette prise de conscience ! C’est aussi un besoin, il me semble. Lorsque l’on est « écolo », on a souvent une vision des choses un peu « bizarre » pour ceux qui n’en sont pas convaincus… On vous dit « ah ouais, t’es super écolo toi » et on passe pour « l’écolo de service » ! Cela ne me gène pas le moins du monde et je l’assume parfaitement en essayant de faire passer les choses avec humour et habileté là aussi… Cela dit, il n’est pas toujours facile de ne pas passer pour un « moralisateur », un « râleur » et un « éternel insatisfait » … Parce que lorsque je vois en supermarché une personne acheter des yaourts bio mais avec à côté de la viande congelée et une bouteille d’eau plate, en effet, je souris et me dis « c’est pas gagné »… Nous n’en sommes vraiment qu’au début…

    Et donc échanger sur les blogs à propos de l’écologie, sur les bonnes adresses, les méthodes et remèdes naturels, c’est aussi un moyen de former une communauté ! Cela dit, il faut surtout que cette communauté arrive à s’ouvrir, à dépasser l’étiquette péjorative que le terme « écolo » revêt encore, ainsi que je le précisais ci-dessus…

  • Au final, il me semble que l’écologie est bien représentée aujourd’hui sur Internet, de nombreux sites s’y consacrent ! C’est assez formidable et le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter ! Pour le novice cela ressemble aussi à une jungle mais une fois que l’on s’y repère un peu, les choses deviennent plus simples… Après, comme pour tout sur Internet, il faut être vigilant aux sources d’informations, les lobbies sont aussi présents sur le net et savent se déguiser derrière des sites Internet et des blogs soit disant « verts ».

    Il y a beaucoup de blogs « verts » sur le web ; peut-on parler d’une communauté ou de sites qui se font concurrence ?

  • La blogosphère écolo est formée de blogs-carnets sur les échanges d’idées et de bons plans, mais aussi de blogs abordant une thématique précise. Il y aussi les blogs plus « politiques » dans le sens noble du terme, qui réfléchissent, mettent en avant les expériences accomplies, questionnent, poussent des coups de gueules et essayent parfois de lancer des mouvements, tout en sachant que les blogs ne sont lus que par 20 % des internautes et qu’il faut toujours relativiser : rien ne remplace l’action de terrain, auprès du grand public, le concret. Les blogs sont un lieu virtuel pour donner à voir et soutenir les initiatives réelles !En réalité, j’aime l’idée de communauté et je n’ai pour l’instant pas vu de concurrence… Les blogueurs ont leurs petites habitudes, et si un blog ne lui plait pas, il ne le fréquente généralement pas, ou très rarement. Un blog doit rester un plaisir. Cela demande du temps : si ce n’est plus un plaisir, cela devient contraignant et on le sent ! Le seul problème peut résider dans une tendance à parler des mêmes choses… mais cela est souvent du à l’actualité ! Les blogs qui « marchent » se distinguent en principe par le thème abordé, la régularité, la qualité des informations, de l’illustration, etc. Par la disponibilité du blogueur aussi… Après, pour soutenir la communauté les forums sont un bon moyen, et certains sites d’information et d’achat éthique ont leur propre forum où certains aiment débattre et se renseigner !

    Peux-tu nous dire quel genre de consommatrice tu es ? Achètes-tu des produits « écolo » ?

  • J’essaye tant que possible de consommer de manière responsable ! Acheter bio ou équitable ne coûte par toujours plus cher, d’autant que la satisfaction que l’on en retire est plus grande. Mais on ne peut pas dire que cela soit toujours accessible non plus !Pour l’alimentation, il y a deux magasins bio dans le quartier chez qui nous achetons quasiment tout ! Notre alimentation est essentiellement composée de fruits et légumes de saison, produits si possible localement (mais comment ne pas craquer sur les tomates bio italiennes à 2,5 le kilo alors que les tomates bio françaises sont à 4 euros ! ? Voilà le genre de questions qu’on se pose ! :-) J’aurais aimé adhérer à l’AMAP du quartier mais elle était complète lorsque nous y avons aménagé ! Tant mieux donc, cela veut dire qu’il y a des aficionados dans le coin ! Et comme j’aime aller faire les marchés, rencontrer les gens, le contact, ce ne fut pas un problème ! Nous ramenons aussi souvent des produits du jardin lorsque l’on revient de Bordeaux.

    Cela dit, consom’acter n’est pas facile, je dois l’avouer, et même si nous faisons de notre mieux ! L’essentiel est surtout de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de consommer comme avant en bio et/ou équitable. Il s’agit de comprendre pourquoi, l’intérêt de la chose (pour la santé, la famille du producteur, le réchauffement climatique, l’épuisement des terres, etc). Et de se poser la question à chaque achat, du besoin de la nécessité de cet achat ! Et si c’est pour se faire plaisir, soit ! Mais lorsque l’on est un écolo convaincu et que l’on fait attention à sa consommation, il y a une vraie satisfaction à « consommer sans consommer », à relativiser, la sensation d’être en harmonie avec soi même et c’est un plaisir à mon avis rare pour ceux qui sont dans la course à la consommation… Au final, je ne me sens pas « décroissante », mais peut être adepte de ceux que certains nomment la « simplicité volontaire »


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